Victor Serge ou les prisons de l'idéologie (estival)

Publié le par DAN

  victor serge

Anarchiste, écrivain et poete, j'aime encore à lire qu'il fut "un cadre supérieur de l'internationale communiste" (bakchich.ifo) - il apportait avec d'autres ces allures de romantisme révolutionnaire mitonnées au gout de l'exil dans une russie que le capitalisme parvenait, déjà mal, à reveiller de son passé.

La Russie est un continent et sa littérature comme sa musique invitent à la déraison et c'est peut être là le moteur de cette histoire entre les vies broyées de Maiakowski et Pasternak.

- Les croyants disent qu'un Christ est mort pour toi sur la croix

ça ne se voit guère.

Le sauveur a maqué ton salut.

Les conférenciers de la Société des Athées disent que l'on fait des révolutions pour te sauver, toi et tes pareils,

- ça ne se voit pas davantage.

et pourtant ils sont très affirmatifs tous ces gens importants,

tous ces gens bien portants.

Tes papiers prouvent que tu t'es battu pour te sauver toi-même

avec Tchapaev, avec Fourmanov, avec mon copain Mitia le poivrot déporté,

le long du fleuve Oural dénudé par les aubes,

- ça ne vous a pas réussi non plus.

Et votre sang brulant des guerres civiles, votre rage au coeur de partisans

tout serait bien perdu, pauvres gens, s'il n'y avait les bons auteurs,

les bons faiseurs de gloires serviles, les bons faiseurs d'argent

pour en tirer des livres et des scenarii mémorables.

 

[L'asphyxié, 1935, extrait]  

 

 

Espérons seulement que passera un jour ce goût de quelques hommes à vouloir mettre la vie en système et qu'il ne restera d'eux que les épouvantails dressés là sur la frontière de notre siècle débutant pour effrayer les enfants - croc-mitaines.

Car c'est ainsi que je répondrais à tous les appels du passé, défendez la démocratie, les libertés, exigez toujours davantage, soyez les champions de l'autogestion et vivez, sans retenue, avec les gens de votre temps. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Victor Serge "Retour à l'ouest - 1936 1940" Agone 2010, lire la chronique de S. Bon dans "Royaliste" 974

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