Sociologie de la ploutocratie et alternative (Affaire Woerth)

Publié le par DAN

Les échos de la Fraternité du Fouquet's

Je me sentirais quelques responsabilités à ne pas poursuivre l'information mise à jour autour de l'affaire Woerth qui s'avère un excellent révélateur sur la classe sociale qui s'est appropriée le Pouvoir.

A celà rien d'étonnant pour les royalistes qui ont vu la révolution et la terreur jacobine donner les pleins pouvoirs à une bourgeoisie cupide alliée par la suite à une aristocratie sans noblesse qui depuis longtemps s'était torchée le cul du drapeau de la monarchie - mais la Fnac n'existait pas alors.

Toujours est il que Rue 89 accorde un long entretien à deux sociologues, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot qui depuis près de 20 ans décrivent le monde des grandes fortunes.

Mais préalablement permettez moi de vous donner à lire un large extrait d'un billet tiré du blog de notre ami J-Ph. Chauvin qui donne à comprendre comment des royalistes - de traditions et d'opinions parfois très différentes, comprennent "l'affaire Woerth" - marquage vers de souhaitables Assises du royalisme.

".. En fait, plus encore que M. Woerth, c’est bien un système, celui d’une République oligarchique (et non pas monarchique comme elle pouvait paraître l’être à l’époque du général de Gaulle), qui est coupable aujourd’hui, mais dont M. Woerth est le « fusible » visible en attendant de provoquer d’autres courts-circuits jusqu’au faîte de l’Etat.  

La République est menacée ? Sans doute mais, plus que par un hypothétique populisme, épouvantail sémantique politique qui a succédé au « fascisme », c’est par ses propres pratiques qui, jadis fatalement tolérées, sont aujourd’hui choquantes et insoutenables aux yeux d’une opinion publique qui ne se confond pas encore exactement avec le corps civique. La République s’est discréditée et est discréditée : ses coucheries permanentes avec l’Argent et ses Puissants révoltent ceux à qui elle demande de faire, encore et encore, des « sacrifices » quand des lois absurdes redonnent des millions d’euros à ceux qui en possèdent déjà par milliers… Il n’est pas impossible que le chèque de 30 millions d’euros fait à Mme Bettencourt au titre du fameux bouclier fiscal soit la goutte d’eau qui fasse déborder le vase !

Menacée, la République ? Cela peut être l’occasion de poser la question institutionnelle et de rechercher quel est l’Etat le moins susceptible d’être le fruit amer de l’Argent et le jeu des Puissants. La naissance, elle et contrairement aux élections, ne s’achète pas : cette indépendance qu’elle confère, par essence, à la magistrature suprême de l’Etat, peut permettre un meilleur équilibre entre les forces sociales et une « équité sociale » dont nos compatriotes appellent de plus en plus fort de leurs vœux, voire de leur colère.  

L’effondrement de la République dans l’esprit de nos concitoyens ne doit pas entraîner une sorte de nihilisme qui, en définitive, remplacerait la loi de l’oligarchie par celle de la jungle : rétablir les notions de service et de « Res publica » est nécessaire pour éviter le pire. La Monarchie « à la française » a quelque véritable expérience en ce domaine, il serait trop dommage de la négliger ! "

 

Jean-Philippe Chauvin (leblog)

C'est un peu une représentation de dominés de croire que ces gens-là se disent : « Tiens, je vais aller à une partie de chasse pour rencontrer untel ou untel » alors que c'est tellement naturel. On se voit tout le temps et ça commence dès le petit déjeuner : « Tiens, je vais me faire une petite piscine » et là en nageant… voilà. Ensuite, on prend le café. Et puis les réceptions, les dîners, le golf, le polo… Ils se croisent en permanence. [...]

Poser les choses comme « Je vais à la chasse pour que untel me rende service », c'est projeter quelque chose qui a à voir avec l'individualisme de la classe moyenne et intellectuelle alors que la classe au pouvoir est la seule classe qui fonctionne véritablement de manière collective et solidaire. Ça se passe naturellement parce que la classe est mobilisée ainsi : pour elle-même et contre les autres. [...]

Ce qui se passe ici, c'est qu'ils sont pris au piège de l'impunité ressentie, c'est-à-dire que depuis vingt à trente ans, la pensée unique, la concurrence, le marché, le capital financier se sont établis. Ils se sentent à l'abri des mouvement sociaux qui emporteraient, disons, leurs intérêts.

Je pense qu'il y a eu un sentiment de sécurité qui disparaît de temps à autres, par exemple pendant les grèves de 1995 : là, ils étaient sur le qui-vive. On l'a bien senti dans notre travail, dans nos rapports avec eux.

Mais, depuis 1995, ça va. Ils sont donc moins prudents dans leurs activités et le franchissement de la ligne.

 

 

 

RUE 89 - L'entretien avec les sociologues Pinçon-Charlot (+ des vidéos, etc ..) 

Oui, ça a beaucoup changé par le système économique lui-même a changé. On est passé d'un système du libéralisme, dans lequel l'Etat a une relative autonomie par rapport au monde des affaires et de l'économie, au néolibéralisme.

Avec l'arrivée du néolibéralisme, symbolisée par l'arrivée à l'Elysée de Nicolas Sarkozy, l'Etat perd beaucoup de son autonomie au bénéfice des affaires qui rentrent au cœur de l'Etat. Au point qu'on peut dire que Nicolas Sarkozy est véritablement le porte-parole, au sommet de l'Etat, d'une oligarchie financière. [...]

Quand on regarde le conseil d'administration des grandes sociétés, on se rend compte que beaucoup sont de hauts fonctionnaires, qui ont fait l'ENA, qui pantouflent et se retrouvent dans les conseils d'administration.

Mais aujourd'hui, il y a de plus en plus de porosité entre les affaires et le politique : ces gens-là se retrouvent ensuite très bien au cœur même de l'appareil d'Etat, dans les cabinets ministériels, voire ministres.

La classe dominante doit donc s'ouvrir, s'aérer, faire de nouvelles entrées, mais ces nouvelles entrées obéissent toujours à la même règle : ceux qui vont intégrer le gotha sont ceux qui ont su intégrer leur richesse dans la promesse d'une dynastie familiale.

Prenez le mariage de Delphine Arnault : c'était au fond l'anoblissement de la famille. C'est pareil pour les Dassault, Pinault, Lagardère et autres Decaux. La dynastie est importante parce que ce qui importe c'est que les privilèges restent dans la classe. Il faut donc réussir la transmission.

Les grandes familles, en France du moins, sont arrivées à imposer comme seul critère de l'excellence sociale le temps long. Après la Révolution, la bourgeoisie a finalement reproduit ce que faisait la noblesse. Le principe de reproduction de la classe dominante n'a pas beaucoup changé.

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Publié dans AFFAIRE WOERTH

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