Si il faut un référendum, c'est sur l'euro et l'Union européenne - J. Nikonoff

Publié le par DAN

   
En publiant ici de larges extraits de l'éditorial de Jacques Nikonoff, porte parole du M'Pep, je tiens à souligner mon accord sur l'analyse faite des enjeux autour de la ratification parlementaire du TSCG d'ici au 4 octobre. L'intégral de l'éditorial est à lire sur le site du M'Pep ce à quoi je vous invite fortement.            
   

Plusieurs organisations et personnalités de gauche, de droite et du Front national, chacun à leur manière, demandent la tenue d’un référendum sur le Traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance de l’Union européenne (TSCG, appelé aussi « Pacte budgétaire »). Ce traité, en effet, s’il s’applique, portera gravement atteinte à la souveraineté nationale puisqu’il encadrera sévèrement les choix budgétaires du Parlement au point de mettre en cause la souveraineté budgétaire de la Nation. Il est en outre un facteur d’aggravation de la crise et d’installation du pays dans l’austérité perpétuelle. On comprend donc que tout doit être tenté pour empêcher la ratification de ce traité par la France, à l’instar de la Grande-Bretagne et de la République tchèque.

Cependant, la revendication d’un référendum sur le TSCG est inappropriée. Elle n’est pas adaptée à la situation et fait même office de diversion par rapport aux causes profondes de la crise. C’est un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne et au maintien dans la zone euro qui devrait être organisé si l’on voulait être vraiment démocrate, car là se trouvent les racines des difficultés. Dans l’immédiat, c’est une pression maximale qui doit être exercée sur les parlementaires pour qu’ils votent « non », début octobre, à la loi de ratification du TSCG qui leur sera proposée.

.. Elle nous est vendue par les grands médias et les oligarques européens comme indispensable pour nous protéger de la crise et du laxisme budgétaire supposé des États. Ce n’est pourtant pas une « loi » économique mais de la pure idéologie. Son but est d’aller vers le fédéralisme en augmentant le pouvoir intrusif de la Commission dans le budget des États. ... 

.. les États ont besoin d’un certain endettement. Il permet de lever des fonds pour ajuster la trésorerie, et pour les investissements d’avenir. Imaginons que l’on oblige les entreprises privées à avoir un déficit zéro. Elles ne pourraient tout simplement plus investir ! Il faut absolument relégitimer la nécessité, pour l’État, d’emprunter (mais pas aux marchés financiers) pour financer les dépenses d’avenir afin d’assurer le bien-vivre des générations futures. ...

.. L’Union européenne est un système de domination et d’aliénation, une nouvelle preuve en est fournie avec le TSCG. Les citoyens sont disposés à faire des efforts et à accepter des contraintes. Mais à une condition : qu’ils soient justes et efficaces. Or ce n’est absolument pas le cas avec le Pacte budgétaire.

La démocratie, une nouvelle fois, est rangée au magasin des accessoires. Ce sont les technocrates de Bruxelles qui remplaceront les parlementaires, en ayant un droit de regard sur l’ensemble des recettes et dépenses publiques. Le vote du budget par le Parlement est pourtant un pilier de la souveraineté nationale. La loi de finances est l’acte politique le plus important de l’année. Le paradoxe tragi-comique de cette affaire est que les oligarques européens n’ont même pas songé au Parlement européen pour se substituer au contrôle a priori des projets de budgets nationaux. Ils ont préféré la Commission. Comme quoi ce prétendu Parlement n’est qu’une coquille vide. ...

.. La demande d’un référendum sur le TSCG n’est donc pas opportune – et constitue même une grave erreur - pour quatre raisons.

D’abord, cette demande détourne l’attention des causes réelles de la crise qui sont à rechercher dans les politiques de l’Union européenne et l’euro. L’atteinte originelle à la souveraineté nationale et populaire se trouve avant tout dans la participation à l’Union européenne et à l’euro. On nous dit : « Il faut consulter le peuple, c’est la démocratie ! » Certes ! Mais alors pourquoi refuser de consulter le peuple sur l’appartenance de la France à l’Union européenne et à l’euro ? ...

.. Alors que les Français ont dit « non » à 55% en 2005, on leur demanderait aujourd’hui de ne se prononcer que sur une partie seulement de ce qu’ils ont déjà rejeté. Si l’on voulait amenuiser la portée politique et symbolique de la victoire du « non » de 2005 on ne s’y prendrait pas autrement. ...

.. Enfin, cette exigence d’un référendum sur le TSCG exonère de fait les parlementaires de leurs responsabilités, particulièrement les parlementaires socialistes. La majorité des députés PS a été élue sur la base de la renégociation du traité, c’était l’engagement de François Hollande, qui vaut pour tous les députés. .. Il n’y a pas eu de renégociation. Il y a tromperie. Quant aux parlementaires de droite, c’est bien leur ancien chef de file, Nicolas Sarkozy, qui est à l’origine du TSCG en se faisant le petit télégraphiste de madame Merkel. Chaque parlementaire doit s’expliquer devant le peuple. ...

.. Mais si un évènement majeur se produit, c’est sur l’appartenance de la France à l’Union européenne et à l’euro que les Français devront se prononcer. C’est cela la vraie démocratie, la vraie souveraineté populaire. Imaginons un instant que l’évènement se produise, qu’un référendum se tienne [sur le TSCG], et qu’il donne la majorité au « non ». Que se passe-t-il ? Rien ! Le cadre juridique de l’Union européenne reste identique : celui des traités de Lisbonne, d’Amsterdam, de Nice, de Maastricht… Bref, les politiques de l’Union européenne restent inchangées, l’euro est toujours là à nous étrangler. ... 

.. Telle est l’urgence du moment. Beaucoup trop de temps a été perdu avec cette revendication de référendum. C’est sur les parlementaires qu’il faut faire pression. Ne parler que de référendum, même de façon enflammée, à quelques semaines du vote de la loi organique par le Parlement, sans faire pression sur les parlementaires, revient à laisser passer le TSCG sans se battre efficacement.

Trois initiatives sont à prendre sans tarder :

- Un appel des citoyens aux parlementaires pour que ces derniers votent « non » au TSCG. Cet appel doit émaner d’un large éventail d’organisations et de personnalités, du type du rassemblement du Conseil national de la Résistance.
- Une lettre ouverte adressée individuellement à chaque parlementaire par des collectifs locaux rassemblant largement, leur demandant d’exposer publiquement leur vote, et d’accepter un débat.
- Une manifestation nationale fin septembre qui ciblerait le palais Bourbon. Ceux qui voudront défiler pour un référendum pourraient l’exprimer dans la manifestation ; ceux qui voudront faire pression sur les parlementaires pourraient également le faire savoir. Le mot d’ordre le plus unificateur de la manifestation serait alors : « Contre la ratification du TSCG ».

   mpep d
   

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