Rroms à Lyon - Un été 2010.

Publié le par DAN

Mardi 7 septembre, une nouvelle audience aura lieu devant le tribunal de Lyon. Le juge risque d’ordonner l’expulsion immédiate des “100 à 150 personnes qui vivent dans ce bidonville depuis un an”, selon Médecins du Monde (MDM).

Dans un communiqué de presse, l'ONG demande qu’il n’y ait pas d’expulsion sans relogement : “expulser ces personnes des terrains qu’elles occupent sans solution alternative ne fait que déplacer le problème et accroître la précarité” . Sur le terrain dit de “Paul Bert” (car situé à proximité de la rue du même nom), à quelques encablures de la gare de la Part-Dieu, les équipes de MDM ont dénombré notamment une dizaine de personnes atteintes de pathologies conséquentes nécessitant un suivi hospitalier (dont 2 nourrissons), 15 femmes enceintes et 19 enfants présentant des taux de plombémies anormalement hauts, dont deux au-dessus du seuil d’alerte (saturnisme).

"Les expulsions à répétition exposent les familles Roms à des risques sanitaires accrus et ne permettent pas un suivi médical satisfaisant. (...) Elles sont non seulement inefficaces, mais surtout créent une spirale de la précarité lourde de conséquences sur la santé" .

En 2009, MDM a relevé 43 expulsions sur une période de 12 mois. Et le communiqué de conclure :

“Les Roms, citoyens européens, vivent dans notre pays et en Europe avec des indicateurs comparables à ceux des pays en voie de développement : la mortalité néo-natale (0-1 mois) est 9 fois plus importante, la mortalité infantile (0-12 mois) est 5 fois plus importante, l’espérance de vie se situe autour de 50-60 ans."
Roms expulsion Aout 2010 AFP

"Chacun est seul responsable de tous"

Antoine de Saint Exupéry

 

En consultant Google le nom de ce brave homme reste associé à l'expulsion des Rroms via l'aeroport de Lyon-Saint Exupéry, un bien triste hommage au Petit Prince; et de voir avec le coeur.

Et je suis là pour vous parler de Lyon ou le Centre d'Histoire de la Résistance et de la déportation consacre - hasard de la programmation, une expo photo aux Roms et ou un bidonville planté sur les terrains de la SNCF (Part Dieu) devrait être rasé - jugement ce 7 Septembre.

Ainsi, au fil des billets réunis dans mon dossier se dessine le portrait d'un peuple dont aucun Etat ne semblerait vouloir, qu'il soit Allemand ou Roumain, Italien ou "Kosovar", Français ou Bulgare et dont la situation s'est dégradé avec la disparition des "régimes des pays de l'Est" - Apatride ? .. ou simplement européen et donc en conflit avec l'Union oligarchique européenne (UOE).

Et je n'ais pas d'appel à vous lancer car comme l'écrit Saint-Ex, chacun est seul responsable de tous, mais vous trouverez des associations de citoyens, dans chaque ville, actives auprès des Rroms. 

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  Rroms - les caravanes ont été détruites. France 2010101 photos comme autant de regards posés sur ce peuple méconnu que sont les Roms. Bruno Amsellem, photographe lyonnais a suivi pour le Monde plusieurs familles, de Lyon en Roumanie. Ses clichés témoignent de la misère de ce peuple, bienvenu nulle part, méprisé ici comme là-bas. Une exposition qui montre que derrière les chiffres, il y a des êtres humains, dont beaucoup d’enfants, ballotés sans cesse entre deux mondes.

Ils s’appellent Darius, Laura, Fabian, Lena Jeanna, Fabiana. Ils ont 7, 3, 6 ans, parfois que quelques mois. Leur chez eux n’est nulle part. Avec leurs parents, ils ont fui la misère de leurs villages en Roumanie, pour trouver celle des squats et bidonvilles de la région lyonnaise. La plupart de ceux installés ici, viennent du Bihor, une région à l’Ouest du pays. C’est le cas de Gyöngyi Fekete, sa fille Lena Jeanna et son compagnon Mircea. Expulsés en 2007 de leur bidonville du Puisoz à Vénissieux et renvoyés en Roumanie, ils sont arrivés à Tinca au bout de 36 heures de voyage en car. Avec 361 euros en poche, l’aide au retour versée par le gouvernement français, les voilà de retour dans un ghetto qui abrite 2000 Roms. Sans eau courante, électricité, gaz ni sanitaires.

Et surtout sans travail. Depuis la révolution qui a renversé Nicolae Ceauşescu, les fermes d’Etat qui employaient la plupart des Roms ont fermé. A Tinca, tous les matins les hommes se rendent sur la place du village en espérant l’hypothétique venue d’un employeur à la recherche de main d’œuvre bon marché. « En se rendant là-bas, on comprend pourquoi ils reviennent sans cesse en France », raconte Sophie Landrin, journaliste au Monde, qui a accompagné Bruno Amsellem en Roumanie. « Ici, ils arrivent à gagner quelques euros par jour, ce qui n’est pas le cas en Roumanie. Là-bas, pour se nourrir ils vont dans les bois cueillir des champignons et ramasser des pommes. »

Traian, lui, a eu de la chance. Après avoir été expulsé à plusieurs reprises, et être revenu autant de fois, il a fini par obtenir un logement à Villeurbanne. Avec sa femme et ses enfants il vit aux Gratte-Ciel. Bien que membres de l’Union européenne, les Roumains resteront exclus du droit à un permis de travail, jusqu’en 2012. Ainsi, la famille vit de mendicité et de petits boulots au noir. En 2012, Traian, qui a des compétences en mécanique et dans le déménagement ira chercher un vrai travail. Son fils Fabian était en CP dans une école du 3ème au moment où son témoignage a été enregistré. Fabiana, 3 ans, rentrera en maternelle en septembre.

 

Infos  : Jusqu’au 24/12 au Centre d’histoire de la résistance et de la déportation, 14 av Berthelot, Lyon 7ème. Ouvert du mercredi au dimanche, de 9h à 17h30 (mercredi à vendredi), 9h30 à 18h00 (samedi et dimanche). Visites commentées le 5 et 12/9, 3 et 10/10, 7 et 14/11, 5 et 12/12.

   

Des Roms à Lyon : « Comme vous, nous sommes européens »

Publié mercredi 18 août 2010

Après les annonces gouvernementales visant à démanteler 300 camps illégaux, le camp de Roms de la rue Paul Bert, dans le IIIe arrondissement de Lyon, vit dans la crainte. Ses habitants ne veulent pas retourner en Roumanie, un pays qu’ils ont fui et que les plus jeunes n’ont jamais connu.

Le camp vit dans l’attente d’une décision du tribunal administratif attendue le 7 septembre. Le terrain où ils sont installés appartient en effet au conseil général et à Réseau ferré de France, lesquels ont déposé plainte pour « occupation illégale ». C’est que le département du Rhône, présidé par le ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire Michel Mercier, aimerait y implanter son nouveau bâtiment des archives.

« On n’a pas le choix »

Par ici, il n’y a aucune chance d’apercevoir de grosses cylindrées. L’ambiance est, au contraire, à la précarité la plus extrême. « On n’a pas le choix » , martèle Mircea, notre guide dans le camp. Les murs et le sol de la petite centaine de cabanes du camp sont faits de palettes récupérées par dessus lesquelles une bâche fait office de toit. Chaque habitation fait environ 5 m2 et abrite deux à cinq personnes. Il est difficile d’estimer combien ils sont à vivre dans le camp. La popote est faite à même le sol, les mères lavent leurs enfants dans des poubelles de bureau. Le tout baigne dans un océan de déchets dont les habitants ne savent que faire. Un véritable nid à rats.

« Une assistante sociale passe toutes les semaines pour venir voir les enfants », nous explique Mircea. En constatant la porosité des « logements », on imagine sans mal que l’hiver doit être dur, notamment pour les enfants en bas âge.

Avec Sarkozy, « pas de liberté, pas d’égalité, ni de fraternité »

La journée, une partie du camp se disperse dans la ville pour récupérer auprès des passants quelques sous. « 10 euros par jour, pour la famille, ça va , affirme Mircea qui vend des journaux de rue. Si j’en vends quatre ou cinq, c’est bon pour les enfants. On n’a pas cette chance en Roumanie », soupire-t-il.

Beaucoup font la manche. Quand bien même ils trouvent un petit boulot dans le nettoyage, le jardinage ou bien dans le bâtiment, la préfecture ne leur délivre jamais d’autorisation. « On n’a pas le choix ».

Les Roms, pourtant ressortissants européens, sont en effet soumis à des règles d’exception pour pouvoir travailler. « Pourquoi, lorsque je suis allé à la préfecture avec un contrat de travail d’un an, on m’a refusé l’autorisation ? C’est du racisme. Nous sommes européens, comme vous », dit Mircea très remonté. Il poursuit :

« Je sais qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde en France, mais de là à expulser tous les étrangers… C’est Sarkozy qui ne veut pas que l’on s’intègre. Avec lui, pas de liberté, pas d’égalité ni de fraternité. »

La volonté de s’insérer en France, les gens du camp nous l’ont manifestée à maintes reprises. Les enfants, scolarisés pour la plupart, sont totalement francophones. « C’est bien l’école, je veux y retourner à la rentrée », lance un marmot du camp qui s’empresse de nous décrire son école. « C’est normal, nous vivons dans une société, nous nous intégrons », dit Mircea.

L’angoisse permanente du démantèlement

Puis nous rencontrons Adriana, qui ne parle que quelques mots de français. Les traits de son visage suffisent pour deviner qu’elle vit dans la peur. Elle a été arrêtée par la police le 12 août 2010. Sans-papiers, comme tous les autres, elle est ressortie avec un arrêté de reconduite à la frontière qu’elle nous tend.

La femme ignorait totalement qu’il existait des associations de défense des sans-papiers. Quand nous le lui apprenons, certains hommes aux alentours nous regardent d’un air méfiant. C’est qu’ils craignent un coup fourré de la préfecture.

Ne sachant pas lire le français, Adriana découvre, le jour de notre visite, que les autorités lui ont donné un mois pour retourner en Roumanie. Sur ses trois enfants, deux ont moins de 6 ans et ne sont pas encore scolarisés, pas plus que son aîné, âgé de 16 ans. Il lui faut rapidement inscrire ses enfants à l’école si elle veut avoir une chance de rester en France.

Adriana est, par ailleurs, toujours sans nouvelle de sa belle-fille, arrêtée elle aussi, mais emmenée au centre de rétention de Saint-Exupéry.

« Il faut savoir tenir vos enfants, mesdames »

Car la peur d’un démantèlement du camp se double de tracasseries policières quotidiennes. Le jour de notre visite, la police se rend rue Paul Bert à cause de la présence de cailloux sur la voie du Rhônexpress [tram-train entre le centre de Lyon et l’aéroport Lyon - Saint-Exupéry, ndlr].

Les deux mains sur la ceinture, un policier lance : « Bonjour, il y a un responsable ici ? ». Mircea s’avance. C’est l’adulte présent qui parle le mieux français. Les enfants sont pointés du doigt. « Il faut savoir tenir vos enfants, mesdames », dit tout haut un deuxième policier à des femmes qui ne comprennent que l’intonation du fonctionnaire.

Au même moment, l’une d’elles part ramasser les quelques cailloux qui traînent sur les rails. Elle fait remarquer par des gestes que le seul chemin d’accès à leur camp était une bute jonchée de pierres qui descend juste au bord des rails. L’incident est vite clos. En repartant, un policier dit à l’un de ses collègues :

« Si on les attrape, c’est les parents qui devront aller les chercher et qui auront des problèmes. »

 

(LyonCapital/RebelLyon)

 

Publié dans POPULATION

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