Rroms, Tziganes - Un entretien avec Tony Gatlif (L'Humanite)

Publié le par DAN

PARIS — Yannick Noah a condamné lundi la politique du gouvernement concernant les expulsions de Roms, estimant qu'il vaudrait mieux "leur tendre la main plutôt que leur donner un coup de pied au cul".

"On essaye de mettre le doigt sur ces gens qui ont déjà tellement peu, sont déjà en détresse", a déploré la personnalité préférée des Français sur RTL, préférant "qu'on soit plus sensible à tous ces banquiers qui se sont fait des milliards en pleine période de crise". .. AFP

Tsiganes MRAP 

 Dans l'ancienne France - qui n'était décidement pas si mauvaise, les tsiganes utilisaient de faux laisser-passers du Vatican, à ce qu'en disent les historiens - Le Pape actuel vient de les authentifier en appelant les catholiques à leur devoir de solidarité, la longue durée, et c'est bien.

Les lecteurs du Figaro auraient plébiscité Henri IV plutôt que Louis XIV et c'est bien aussi, car nous avons grand besoin de l'esprit de tolérance, d'un nouvel Edit de Nantes - et aussi d'un nouveau roi.

Pour l'heure, mauvais sujet déjà, j'ouvre un dossier recueillant d'anciens billets, quelques adresses et quelques espoirs aussi.  

 

L-Humanit---b-.jpgAprès les déclarations de Nicolas Sarkozy sur les « problèmes » que poseraient « les gens du voyage et les Roms », le cinéaste Tony Gatlif dénonce de dangereux amalgames. Entretien.

Auteur du film "Liberté" sur la persécution du peuple tsigane par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, Tony Gatlif est effondré et en colère. Il dénonce les propos stigmatisants du président de la République et rappelle les discriminations dont sont toujours et encore victimes les Roms et les Manouches en France.

Comment avez-vous réagi aux propos de Nicolas Sarkozy ?

Tony Gatlif. Ce n’est pas de répression dont la communauté tsigane a besoin, c’est d’une solution sociale, car elle souffre de discriminations. Le président fait un amalgame dangereux en parlant des « problèmes » que poseraient Roms et gens du voyage. Les Roms sont arrivés de plusieurs pays de l’Est où ils étaient maltraités, ce sont des citoyens de l’Union européenne. Or les autorités politiques leur refusent le droit de travailler, de se loger, les expulsent… L’autre amalgame effrayant est de dire que les Roms et les Manouches sont en situation irrégulière, parce qu’ils n’ont pas de papiers. Les Manouches sont français ! Ils sont en France depuis quatre cents ans, ils ont souffert, ils ont été enfermés dans des camps et déportés durant la Seconde Guerre mondiale… Qui a mis les « gens du voyage », comme dit Sarkozy, en situation irrégulière ? Ce sont les politiques ! Les maires, les préfets, qui leur refusent l’emplacement légalement réservé pour leur caravane, voté dans la loi Besson il y a dix ans, mais que personne ne respecte.

Depuis des siècles, 
la communauté tsigane souffre de discriminations, elle est associée au vol, 
à la délinquance…

Tony Gatlif. Le gouvernement assimile cette communauté à la délinquance, mais la délinquance n’est pas liée à une « ethnie », elle est sociale, elle est partout, dans les grandes villes, les cités. Attention, je n’évoque pas les jeunes ou les habitants des cités, je parle des bandes organisées. Mais alors que les Manouches sont français, leurs droits sont toujours bafoués. Par exemple, ils ont toujours un livret de circulation à présenter au commissariat. Or ce document est dans la droite ligne de l’ancien carnet anthropométrique, qui a conduit à l’arrestation des Manouches de France en 1940. Alors, avant de penser à faire des lois sur les Roms et les Manouches, il faut considérer la situation misérable d’isolement dans laquelle la société les met.

Pensez-vous, comme l’opposition, que cette réunion n’est qu’un écran 
de fumée utilisé par 
le gouvernement pour faire oublier l’affaire Woerth 
ou la réforme des retraites ?

Tony Gatlif. Je ne comprends le président : il y a tellement de choses qui vont mal en France... Au lieu de s’attaquer à la crise que traverse notre société, il s’attaque à une petite minorité. Que signifie cette diversion ? Il devrait plutôt faire une réunion d’urgence pour essayer de régler la crise !

Entretien réalisé par Anna Musso

 Rom - solidarite. Tony Gatlif est né d'un père kabyle et d'une mère gitane. Après une enfance à Alger, Gatlif arrive en France en 1960 durant la Guerre d'Algérie. S'ensuit un parcours difficile et éclaté, qui ira de la maison de redressement à une rencontre avec l'acteur Michel Simon en 1966, en passant par des cours d'art dramatique. Il joue alors dans des pièces de théâtre puis réalise son premier film en 1975, La Tête en ruine.

À partir de 1981, il aborde le thème qu'il approfondira de film en film : les Roms du monde entier, dont il devient à bien des égards le chantre, séduit par une « communauté en mouvement » et par un « univers sonore et musical » d'une très grande richesse et d'une grande diversité. Cependant, manifestement étranger à l'idée d'un rattachement exclusif à une communauté, Gatlif se définit lui-même comme un « méditerranéen ». WIKIPEDIA

Publié dans POPULATION

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