Georges Sorel et mes Cahiers Français - un projet politique.

Publié le par DAN

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On a souvent que trop tendance pour résoudre nos problèmes du temps présent à s'arrêter à la solution de quelques uns d'entre eux, fussent ils d'apparence aussi prestigieux que le sont la question de l'Union européenne ou de l'Euro. Sans doute est ce déjà une rupture importante de les porter à l'avant des préoccupations politiques alors que tant d'autres tergiversent ou tentent de les ignorer, une rupture importante mais encore insuffisante pour sortir notre pays de la crise globale, politique, sociale et économique, qu'il traverse.

Cette sortie de crise ne peut se concevoir sans une rupture institutionnelle ou pour aller plus avant sans une rupture avec les idéologies jacobines qui depuis la Terreur conditionnent notre vie politique - à l'occasion de l'anniversaire du Risorgimento italien je reviendrais sur les thèses importantes développées par Proudhon lors de ces évènements, mais pour l'heure je vous invite à découvrir Georges Sorel sur mes Cahiers Français ( cliquez sur le logo) et vous livre ici quelques notes publiées en Juillet par nos amis de la Revue Critique des Idées et des livres. 

Quittons un instant les cimes de la doctrine pour la réalité prosaique du quotidien. Je garde le souvenir de ces jours de 1981 ou dans l'entreprise de Génie Civil qui m'employait nous sommes  resté quelques jours dans l'attente d'une initiative des Confédérations syndicales tandis que la Direction se faisait absente, quelques jours, pas plus, qui ont suffi à sceller un échec. 

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Dans une période où la démocratie crapote, où la pensée ronronne souvent autour des mêmes vieilles thèses, quelle cure d'altitude que la lecture de Georges Sorel ! Il a décidemment tout vu et les fulgurances parfois un peu obscures de son maître, Proudhon, sont - retranscrites par lui - d'une clarté parfaite. Qu'on en juge par les quelques extraits qui suivent, où Sorel règle ses comptes avec ses ennemis intimes, la démocratie bourgeoise, le jacobinisme et la ploutocratie.

"Le régime républicain révé par Proudhon ne sera peut-être jamais réalisé; mais il est bien vraisemblable que le suffrage populaire cesserait d'être une malédiction si les citoyens étaient animés d'un esprit vraiment républicain, c'est-à-dire s'ils règlaient leurs relations économiques suivant des modes regardés comme équitables, au moins en gros, s'ils avaient une longue pratique des libertés politiques et s'il n'existait plus chez eux d'idée de conquête; aucune raison ne nous porte à supposer qu'une telle nation aurait du être éduquée par des démocrates. Dans la Justice, Proudhon a reconnu que la monarchie constitutionnelle peut présider à l'évolution d'une société vers un état de droit et de liberté; bien qu'il est souvent dénoncé les vices de la démocratie, toujours hallucinée par la vision de la raison d'Etat, il lui aurait été extrêmement pénible d'avouer qu'il avait eu tort d'espérer si longtemps une transmutation républicaine de la vie démocratique; c'est, je crois à cause de cela qu'il n'osa point achever ses Considérations politiques où cet aveu redoutable est maintes fois sous-entendu.  Dans le fragment publié après sa mort, Proudhon signale l'extrême fragilité avec laquelle on passe de la démocratie au despotisme et réciproquement ; "et chose désolante, ... ajoute-t il, on a remarqué que les plus fougueux démocrates sont d'ordinaire les plus prompts à s'accomoder du despotisme et réciproquement que les courtisans du pouvoir absolue deviennent à l'occasion les plus enragés démagogues."; dès lors, comment espérer que la démocratie nous amène à la république?" [1]
"Le plus grave grief que j'ai peut-être contre la démocratie est qu'elle travaille à tourner la tête de l'homme du peuple, depuis son enfance, dans le sens d'une soumission aux demi-lettrés. Une révolution conduite par des chefs fait retomber les masses sous des dictatures souvent plus dures et presque toujours moins nobles que n'étaient les gouvernements qu'ils ont renversés." [2]
"Je confondais ici l'utopie philosophique de la démocratie, qui a enivré l'âme de nos pères, avec la réalité du régime démocratique, qui est un gouvernement de démagogues; ceux-ci ont intérêt à célébrer l'utopie, afin de dissimuler aux yeux du peuple la véritable nature de leur activité. Ils arrivent d'autant plus facilement à créer des illusions favorables à leur tyrannie qu'ils font passer dans le droit quelques formules assez analogues à celles de l'utopie. Les réformes juridiques leur sont utiles pour ruiner les anciennes structures qui favorisèrent le prestige des autorités sociales, dont les démagogues veulent à tout prix se débarrasser." [3]. Pour Sorel, le concept d'autorités sociales, emprunté à Le Play, visent les associations et collectivités qui devraient structurer la vie sociale du pays, mais aussi et surtout les syndicats. 
" De tous les gouvernements, le plus mauvais est celui où la richesse et les capacités se partagent le pouvoir. Les préjugés de la plupart de nos historiens contre la noblesse leur ont fait fermer les yeux sur les vices des constitutions ploutocratiques. Dans ce régime, l'orgueil de la race n'existe plus: il faut arriver (...) Le succès justifie tout : pas une idée morale."[4]. Belle définition de la classe politique qui nous dirige !


[1]. G. Sorel, Matériaux d'une théorie du prolétariat. (Rivière, 1921)
[2]. G. Sorel, Lettre à Mario Missiroli du 6 mai 1910, in Da Proudhon a Lenin (Ed. di storia et letteratura, 1973).
[3]. G. Sorel, Matériaux d'une théorie du prolétariat. (Rivière, 1921)
[4]. Georges Sorel, Le Procès de Socrate. (Alcan, 1889)
 
 

Publié dans Lyon Royal

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