Bilan d'étape pour le mouvement social contre la réforme des retraites -3-

Publié le par DAN

ta-cgt.jpgDe tous les bilans proposés à votre lecture celui présenté par le groupe "Réunification Syndicale" est le plus complexe car il introduit au coeur de la réflexion les évolutions socio-économiques que chacun de nous percoit, les transformations du tissu industriel (la disparition des bastions, la difficulté à bloquer l'économie, ..) et aussi l'évolution des formes de lutte mais plus encore il interroge la CGT sur son cantonnement rigide à la sphère syndicale, le refus d'investir la sphère politique. En regard le tableau de la CFDT est glaçant. Relevons que "Réunification Syndicale" est une initiative du Snes-FSU et cette initiative n'est pas d'un intérêt moindre au regard de l'expérience que nous venons de vivre.

 

Pour poursuivre ce bilan s'achève en saluant la manifestation étudiante de Londres, 50.000 ce n'est pas rien et d'autres blogs l'auront relevé avant moi - mais peut être auront ils omis de s'interesser à l'opiniatre travail de préparation qui l'aura précédé .. De fait sans savoir si le long conflit que nous avons connu en France peut être sinon un exemple du moins un encouragement, il s'inscrit dans la suite des mouvements qui en Grece ont combattu les plans d'austérité mis en place par la social démocratie et le FMI (DSK).

 

Une date a été posé le 15 Décembre pour une journée d'action européenne que nous devrions peut être investir.. 

 

Le mouvement exceptionnel que nous venons de vivre donnera forcément lieu à de nombreuses analyses. Il n’est pas comparable avec les récents mouvements sociaux d’ampleur analogue. A la différence de celui de 1995 il ne se conclue ainsi pas par un recul de la droite. Pourtant il n’est pas impossible que le gain idéologique engrangé pendant cette longue période de lutte soit plus durable qu’en 1995.

 


Selon certaines estimation c’est près de 8 millions de salariés qui ont battu le pavé au moins une fois au cours des deux derniers mois. Ce qui souligne l’un des aspects inédits de cette lutte, la translation de la grève comme moyen privilégié à celui de la manifestation.
Ce fait objectif ne règle pas la question de ce qui aurait été nécessaire face à Sarkozy.
Toutefois ce phénomène s’inscrit dans une évolution longue qui voit les formes de la conflictualité évoluer de façon importante et le syndicalisme aurait tort de ne pas les analyser et se perdre dans des conflits sémantiques parfois datés et stériles. Il n’y a presque plus de bastions industriels, et à bien des égards la fronde des salariés des raffineries évoque celle des sidérurgistes du début des années 80. Ceux-là aussi sont en voie de subir un douloureux processus de restructuration.
La force de la solidarité qui s’est exprimée en leur direction est à la fois le signe d’une volonté forte de ne pas laisser l’industrie mise en coupe et celui d’un sentiment d’impuissance et le rêve d’une « martingale » pour infliger une défaite aux capitalistes.
Le capital a pris lui dans le monde réel quelques longueurs stratégiques d’avance.

 

... Un constat s’impose, le mouvement malgré l’unité, malgré l’opinion favorable n’a pas eu la capacité de bloquer l’économie. Les processus d’accumulation du capital n’ont pas été beaucoup contrariés. C’était pourtant l’une des préoccupations récurrentes des nombreux militant(e)s de l’interprofessionnel qui ont participé aux opérations de blocage d’axes routiers ou encore des dépôts d’essence. Il y a eu également une réelle créativité pour aller débusquer les vrais responsables de la crise, et notamment les banques.
Si les différents modes d’actions qui se sont multipliés après le 12 octobre n’ont pas entamé la popularité du mouvement, c’est que la défaite idéologique des capitalistes est profonde. Mais un décalage important en termes de participation à ces opérations a subsisté avec celle des journées de masses.

Bien que légitime, la colère du peuple s’est sensiblement transformée après le vote, comme si cette légitimité cohabitait avec un légalisme républicain assez répandu. On pourra toujours déplorer la pusillanimité des partis politiques à mettre plus fortement en cause le déni démocratique d’un pouvoir passant en force, la trop faible maturation des alternatives politiques a pesé dans la balance.
Les liens entre le politique et le syndical interrogent d’ores et déjà chaque militant qui a fait l’expérience de la force du mouvement, mais aussi au final la faiblesse structurelle des contre-pouvoirs actuels face au rouleau compresseur des réactionnaires libéraux.

... La place de l’outil fédéral a fait la démonstration de son utilité dans l’unité interprofessionnelle. Paradoxalement les évolutions du fédéralisme, réalité de fait, mais pas toujours complètement de droit, trouveront peut être un nouvel élan avec les modifications de calcul de la représentativité lors des prochaines élections professionnelles avec la présentation des candidatures non sous les sigles des SN mais sur celui de la fédération.
Quoiqu’il en soit, s’il est bien une certitude confirmée à nouveau à notre sens, c’est que la « radical corporatisme » n’est plus la réponse appropriée à la nécessité d’élever le rapport de forces et le niveau de conscience.

A un autre niveau, comment caractériser les stratégies des confédérations ? La CGT a structuré le mouvement, consciente toutefois de son insuffisant ancrage dans les entreprises, singulièrement dans les PME. En revanche en termes de consolidation des collectifs militants et de solidarité interprofessionnelle, il est possible que les patronats locaux soient davantage en difficulté à l’avenir pour prolonger leur esclavagisme moderne.
Tenant à maintenir le cap unitaire avec la CFDT, la CGT a toutefois donné le sentiment de parvenir à accélérer le calendrier à certains moments.
Elle n’a pas voulu tomber dans « le piège » de l’opposition frontale avec Sarko, parce qu’elle estimait quitter alors de façon trop nette le rôle d’une organisation syndicale. C’est peut être une des limites de l’investissement de la CGT dans ce combat, se cantonnant à une définition stricte et insuffisamment souple de l’indépendance syndicale, n’offre –t-elle pas de fait un répit à l’adversaire.
Tout le monde n’a pas les mêmes préventions.

Ainsi la CFDT qui a longtemps dû composer avec une base qui rejetait fortement le projet (La défense des 60 ans n’était pas dans l’avant projet de son congrès) a fini par caler son action avec le discours PS. Ce dernier, prompt à annoncer qu’il remettrait les pendules à l’heure en 2012, quand dans le même temps son discours sur les annuités démontre la vacuité de ses promesses, illusoires pour ceux pas si nombreux au vu de certaines enquêtes d’opinion qui les écouteraient.
L’accord de principe de la CFDT avec l’amendement au sénat, qui parle de remise à plat en 2013 et d’une réflexion plus systémique des dispositifs de retraites avec par exemple la retraite à points, indique bien que le logiciel de la CFDT est durablement inspiré par les renoncements successifs des sociaux libéraux.
Quant à la main tendue à Parisot, elle rappelle le réflexe quasi mécanique des réformistes oranges, négocier, négocier, négocier, même du vent. L’accord sur la pénibilité ensablé après 2003 aurait pu ouvrir les yeux à Chérèque. Il en faut bien plus apparemment.

En attendant les prochaines attaques du sinistre Sarko, il nous reste collectivement à perturber le calendrier local de nos députés et sénateurs, tâche sans doute nécessaire voire réjouissante mais qui laisse entière la question stratégique. A quel moment, quand et comment on cesse de perdre face aux capitalistes ? Un sujet de satisfaction (et non pas de sa majesté) le mercredi 10 NOVEMBRE , des dizaines de milliers de jeunes étudiants anglais ont manifesté contre les remèdes de cheval de Cameron et notamment le triplement de leurs frais d’inscription en fac . Qui sait si la partition sociale française n’aura pas un effet boule de neige sur d’autres pays européens, redonnant du même coup force et crédit à la capacité de changer le logiciel capitaliste.

"Il nous reste à perturber le calendrier local de nos députés et sénateurs .." 

Publié dans SOCIAL

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article