Histoire de Lyon populaire; Quand la moustache d'Henry IV en fut gelée.

Publié le par DAN

HIVERS RIGOUREUX A LYON.

1533-1334. — Cet hiver-là, en France, toutes les rivières furent gelées, Le Rhône avait une glace de 5 pieds d'épaisseur et les voitures les plus chargées le passaient sans risques. Il resla trois mois pris ainsi. Cet hiver fut suivi de l'apparition d'une multitude d'insectes venimeux et de la peste.

1572. — Un froid excessif gela nos rivières, et les moulins à blé qui sont sur le Rhône furent pris dans les glaces et leur mouvement arrêté. Le gouverneur, M. de Mandelot, qui s'était si bien montré dans l'inondation arrivée le 2 décembre 1570, effrayé du nouveau danger qui menaçait la cité d'une prochaine famine par la disette des farines, employa tant de bras à rompre les glaces et encouragea si bien de sa personne les travailleurs, en dépit de la rigueur de la saison , qu'il parvint, contre l'attente générale, à garantir ses concitoyens du malheur qui les menaçait. M. de Mandelot fit distribuer des habits et des aliments aux plus nécessiteux et allumer de grands feux dans plusieurs quartiers, pour chauffer les pauvres. Une grande cherté de blé suivit cet hiver.




   1600.
— Henri IV, en s'éveillant, le 1er janvier 1608, dit à ceux qui assistaient à son lever, que le froid de ce jour lui rappelait celui du siège de Landau et celui de l'année de son mariage (décembre 1600) qui fit mourir plusieurs personnes au retour de Lyon. Le froid alla toujours en croissant jusqu'au 23 janvier. Mais le 20 du même mois, Henri IV dit que sa moustache s'était gelée an lit et auprès de la reine (Marie deMédicis). Pierre Mathieu, le seul historien qui rapporte cette anecdote, ajoute que, trois jours après (le 23janvier), le pain qu'on servit au roi se trouva gelé et qu'il ne voulût jamais qu'on le fit dégeler. Ce trait là est digne du prince qui voulait que tous ses sujets eussent la poule au pot.

1605. — Le froid fut si rigoureux en nos contrées, pendant les mois de janvier et de février, qu'en plusieurs endroits il fit éclater les arbres et fendre les pierres. Une grande partie des vignes fut gelée.

1608 — Le froid extrême qui se fit sentir pendant plus de deux mois glaça toutes les rivières, gela toutes les jeunes vignes, fit périr beaucoup de voyageurs sur les grands chemins, tua dans les campagnes la plupart des oiseaux, du gibier et du bétail. Il s'était accumulé des montagnes de glaces sur la Saône et surtout devant l'église de l'Observance. Toute la ville tremblait qu'en se détachant elles ne vinssent à emporter le pont de Pierre. On le chargea de fardeaux. Toute communication fut interceptée entre les deux rives. On fit des prières et des processions. On attendait, plein d'inquiétude, lorsque tout-à-coup un artisan offrit au Consulat de faire écouler les glaces. On lui promit 600 livres et une place de commis aux portes. A l'aide de feux de fagots qu'il alluma sur les bords de la rivière et de quelques paroles sacramentelles, et grâce surtout au vent du midi, la débâcle eut lieu sans accident. Le Consulat alors ne voulut plus tenir sa promesse , et l'artisan faillit recevoir une punition comme soupçonné de sortilège. Sa recette fut brûlée publiquement. Douze ans après, un procès fut entamé; mais une transaction mit fin à ces débats. Le Consulat paya cent livres, et le tailleur Besson se désista de son action.

1709. — Le thermomètre marqua 15 degrés au-dessous de zéro ; le Rhône était rempli de glaces qui s'y étaient accumulées à une hauteur de douze pieds. Pour comble de maux, la disette succéda à la rigueur de cet hiver.

1767. — Le 6 janvier de cette année , le Rhône gela entièrement en face de la rue Puits-Gaillot, et l'on n'avait pas de souvenir à Lyon de l'avoir vu ainsi. Le peuple , par la singularité de l'événement, s'y précipita pour traverser aux Brotteaux. Grace aux soins de M. de Verpillière , alors commandant de la ville, le passage fut interdit, et une heure après cette sage mesure, le dégel arriva. Tous les bateaux attachés au pout furent entraînés et fracassés.
1789. — Dès le commencement de novembre 1788, le vent du nord commença à prévaloir et à refroidir l'atmosphère. Les deux premiers mois d'automne avaient été très-secs, et toutes les rivières étaient extrêmement basses. Le vent du nord contribua encore à entretenir et même à augmenter leur abaissement, au point que, le 1er décembre, le niveau de la Saône était de trois pouces plus bas qu'en 1781, année qui avait été regardée comme une des plus mémorables de tout le siècle par la sécheresse. Le froid prit une intensité toujours croissante pendant tout le mois de novembre , et le 25 , les bords de la Saône étaient gelés. Le thermomètre marqua 12 degrés. La congélation de nos deux rivières fut bientôt complète. Ce fut le 14 janvier qu'eut lieu la débacle des glaces du Rhône, etle 17, celle de la Saône. Le pont de Serin fut emporté. De graves désordres eurent lieu sur le Rhône. Les habitants de la ville de Lyon n'eurent qu'à se louer de la sollicitude vraiment paternelle des officiers municipaux et surtout de l'inépuisable et ntile activité de leur lieutenant-général de police, M. Rey. Ce fut à leurs efforts que la cité dut son approvisionnement en combustibles et en charbons dont elle était menacée de manquer. Voir la Revue du Lyonnais', tome v, pages 12 et 15.

1810. — Au mois de janvier de cette année, le thermomètre descendit à Lyon à 15 degrés au dessous de zéro. On put traverser la Saône sur la glace pendant plusieurs jours.

1820. — Les départements méridionaux de France ont éprouvé un froid de 12 degrés. Le Rhône et le Gard ont été pris pendant plusieurs jours. Une inondation désastreuse de la Saône fut occasionnée par la débâcle des glaces.

1830. — Le thermomètre est descendu à 15 degrés au-dessous de zéro.

1858. — Le froid, cette année, a fait rigoureusement sentir sa tardive venue. Dans la matinée du 11 janvier, le thermomètre est descendu à 14 degrés Réaumur au-dessous de zéro, et le 15, sur les sept heures du matin, à 16 degrés. Dans la nuit du 19 au 20, on a eu 15 degrés, et dans la matinée du 20, le thermométre marquait encore 14 degrés. Le Rhône et la Saône ont été gelés. A Genève, on a éprouvé dans la nuit du 10 au 11 un froid de 20 degrés Réaumur.

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